PERSONNES AGEES
Une problématique récente
Les acteurs institutionnels et associatifs face à ce nouvel enjeu
Une réflexion à développer
Des pistes d’actions
Une problématique récente
Les migrants âgés sont fragilisés : par le statut même « d’immigré retraité », par la situation socio-économique et par les problèmes de santé qui les confrontent au difficile bilan de la migration et du vécu en exil.
La question du vieillissement des populations migrantes est une réalité qui apparaît dans le débat public depuis seulement une dizaine d'année. Nombreuses sont les instances, associations, institutions qui commencent à lui porter une attention particulière en questionnant la place qui leur est accordée dans la société d'accueil et les modalités effectives de leur prise en charge .
En Alsace, 28 000 personnes sont des migrants âgés : 20 000 d'entre eux ont entre 60 à 74 ans, 8 000 ont plus de 74 ans (données de l’ORIV).
Malgré leur nombre de plus en plus important, les personnes âgées immigrées restent cependant, largement absentes des espaces de Droit Commun (Maison des aînés, dispositifs « personnes âgées » de la CRAM, CPAM…, Centres socio-culturels…). Ce constat a amené Migrations Santé Alsace à entreprendre une démarche territorialisée et raisonnée auprès des différentes institutions compétentes.
En effet, l’association émet l’hypothèse que ce manque de visibilité des personnes âgées immigrées dénote un accès insuffisant à l'information ainsi qu’une éventuelle inadaptation des services proposés. En l’occurrence, la moindre utilisation par les migrants âgés des dispositifs relevant du droit commun et de l’accompagnement des seniors, leur faible fréquentation des structures gérontologiques, gériatriques ou de quartiers ne signifient pas l'« absence de besoins ».
Les acteurs institutionnels et associatifs face à ce nouvel enjeu
Migrations Santé Alsace a pu observer que rares les acteurs associatifs référés à l'immigration qui ont clairement définis des priorités de travail en direction du public "senior". Ils s’investissent fortement dans les problématiques d’intégration de leur public « enfants », « jeunes » et « femmes » qu’ils perçoivent comme opérant et « porteur d’avenir » ; cependant, pour le moment, ils ne semblent pas avoir les « moyens » et les « compétences » d’intégrer cette problématique dans leurs préoccupations professionnelles.
D’autre part, les acteurs institutionnels qui ont eux les compétences, les moyens et les attributions nécessaires pour travailler avec les personnes âgées migrantes ne connaissent que bien insuffisamment les spécificités de ce public.
Une réflexion à développer
La question de la place de l’immigré âgé en France est à part. Dans un va et vient perpétuel entre le pays d'origine et le pays d'accueil, hantés par "le mythe du retour" tout au long de leur vie active, les migrants sont confrontés au moment de leur retraite à une rude réalité : de multiples raisons les maintiendront en France (les enfants et petits enfants, la santé, l’absence de proches et la solitude au pays…) et le deuil du retour qui est à faire est particulièrement douloureux.
Ainsi déstabilisés, d’autant plus fragilisés, qu’elle est la place qu’ils pourront trouver, mais aussi prendre dans la société française ?
Cette problématique nous pousse à nous interroger sur « la signification sociale du vieillissement des personnes âgées migrantes ».
Quel est l’impact psychologique de la retraite sur les personnes âgées migrantes ?
Être « immigré retraité » n’est-il pas vécu comme un paradoxe par ces personnes venues dans le cadre d’une immigration de travail et non de peuplement ? Comment passe t-on du statut de travailleur avec sa connotation légitime au statut de retraité et toute l'illégitimité morale à rester en France qu'elle entraîne ? « Comment peut-on penser l’immigré inactif, l’immigré vacant ? » demande Abdelmalek Sayad à qui nous devons l’explicitation de cette situation paradoxale. Ainsi posée, cette question peut aussi se prolonger sur la notion de « loisir » - telle qu’elle est communément entendue de nos jours dans les sociétés de consommations comme la nôtre - sur l’occupation de ce nouveau « temps libre », alors que le mot « loisir » se dit en arabe et en turc « le temps vain, vide, futile, perdu …».
Les personnes âgées immigrées ont des parcours faits de ruptures ; les paradoxes auxquels leur vieillissement les confronte appellent une adaptation des dispositifs pour que soient pris en compte leurs besoins.
Des pistes d’actions
Comme pour chacune de ses actions, l’association porte une attention particulière aux migrants vieillissants et âgés en visant le rapprochement des personnes au droit commun ; celui-ci est d’autant plus concerné que, du point de vue de l’association, « la non-demande » des publics est à entendre comme l’impossibilité de formuler une quelconque demande.
Outre les freins que la « légitimité à être là » soulève, les difficultés majeures des migrants âgés relèvent de la méconnaissance des structures qui peuvent les orienter, des problèmes de compréhension linguistique, de l’absence de références antérieures sur les questions du vieillissement et de l’ignorance des dispositifs, et enfin du repli et de la solitude extrême pour un certain nombre d’entre eux.
Migrations Santé Alsace apporte ses compétences et son expérience dans des initiatives de médiation linguistique et culturelle entre les usagers et les travailleurs sociaux, des interventions collectives de santé, des informations et une orientation adaptées, la formation des travailleurs sociaux et professionnels aux spécificités des populations âgées migrantes.
Migrations Santé Alsace sensibilise, informe, oriente, mobilise autour de cette question qui représente un enjeu de santé publique majeur.
Responsable du secteur
Emilie JUNG

